QUELQUES REPERES
SUR L'AFFAIRE ROPRAS HÉMON


Alain PRIGENT, professeur d'histoire au Collège Charles Le Goffic de Lannion, secrétaire du Comité d'Etude sur la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord.
Serge TILLY, professeur au Lycée Félix Le Dantec de Lannion, membre de la Rédaction du Comité d'Etude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord.

Nous avons entrepris un travail de mémoire concernant la période de la Résistance et plus particulièrement sur l'histoire des FTPF dans notre département, sur ce sujet nous réalisons des Cahiers à partir de témoignages mais aussi par des relevés aux Archives Départementales de Saint-Brieuc. Nous travaillons sur ces fonds d'archives grâce à une dérogation du Directeur des Archives Nationales nous permettant d'accéder à des liasses portant sur la seconde guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord.

En consultant la liasse 1140W15 intitulée la collaboration nous avons découvert il y a quelques mois une lettre datée de 3 mars 1945, lettre transmise par le Président de CDL d'Ile-et-Vilaine Monsieur FOULON au Président du CDL des Côtes-du-Nord Monsieur AVRIL.

Dans cette lettre Monsieur FOULON fait état de documents trouvés au début du mois d'août 1944 par l'armée américaine au siège de la Gestapo lors de son arrivée à Rennes contenant une liste d'agents de la Gestapo en Bretagne.

Ces documents écrits en allemand ont été traduits en anglais par les services secrets américains (CIC) puis transmis au CDL d'Ile-et-Vilaine qui les a fait traduire en français par ses propres services.

Agrafée à la lettre du président du CDL figure une liste de 176 noms d'agents de la Gestapo en Bretagne et dans cette liste on y trouve portant le numéro 64 le nom de Ropars HEMON avec le texte suivant :
Hémon Némo Ropartz L. P. né le 18 novembre 1900 à Brest, directeur de l'institut celtique et de la station de Radio Rennes, marié, français, breton, alias : Ropartz Hémon, (nationaliste breton), catholique,
SR780
suivent le numéro de téléphone et l'adresse.

Lorsque nous avons fait cette découverte nous avons bien évidemment compris son importance, car déjà certaines associations comme l'ANACR, mais d'autres aussi avaient soulevé le problème concernant le nom de Ropars HEMON donné au collège Diwan de Brest et au Centre Culturel de Guingamp.

En fait notre découverte ne fait que confirmer les travaux publiés dans des ouvrages d'historiens, des études universitaires, des journaux et mise en garde de diverses associations, c'est à dire que Ropars HEMON était un membre appointé par la Gestapo.

Nous avons donc pris rendez-vous avec la Directrice des Archives Départementales de Saint-Brieuc afin de lui demander son avis sur l'authenticité de ces documents.

Après en avoir étudié le contenu la Directrice des Archives Départementales nous a garanti qu'en aucun cas on ne pouvait mettre en doute leur authenticité.

Nous avons donc souhaité communiquer notre découverte à la presse, mais pour cela il nous fallait tout au moins la reproduction de la lettre du président du CDL.

Nous avons a nouveau demandé à la Directrice des Archives Départementales l'autorisation de photographier la lettre sachant que toute photocopie est interdite sur ce genre de document sensible.

Nous avons voulu communiquer notre découverte par une conférence de presse qui devait se tenir à Saint-Brieuc au début du mois d'avril avec la presse régionale, bien qu'informée du sujet celle ci n'est pas venue au rendez vous fixé.

Compte tenu du peu d'intérêt porté sur le sujet par les quotidiens régionaux nous avons décidé d'aller plus haut en acceptant de faire publier notre découverte dans le mensuel des bretons de Paris "Bretagne - Ile-de-France".

Il nous a alors été proposé par le Rédacteur en chef de Bretagne - Ile-de-France Jean LE LAGADEC d'organiser avec l'aide de deux députés du secteur Alain GOURIOU et Félix LEYZOUR une conférence de presse à l'Assemble Nationale le mercredi 17 mai (Jean LE JEUNE responsable départemal des FTPF s'étant joint à nous), celle ci s'est tenue devant la presse Nationale et Régionale au cours de laquelle nous avons pu nous expliquer et répondre largement aux questions posées.

Remarques sur un article de l'hebdomadaire BREIZH INFO du 17 mai 2000
à partir de la biographie parue dans ce journal
1940 : Ropars HEMON est nommé directeur de Radio-Rennes-Bretagne, encore fallait-il préciser que c'est avec l'autorisation des autorités nazies.
1944 : Ropars HEMON est arrêté. Après une année d'incarcération il est jugé et acquitté. On lui inflige cependant 10 ans d'indignité Nationale, encore fallait-il préciser les raisons de cette arrestation.
Comment a t il pu faire paraître durant l'occupation divers périodiques et revues sans avoir l'autorisation des autorités nazies ?

Pourquoi ne pas préciser dans quelles conditions s'est déroulé le procès de Roparz HEMON ?
Dans le livre "Roparz HEMON 1900 - 1998", son ami Pierre LAURENT a témoigné au procès en 1947 à Rennes, il dit :
"Je témoignais à son procès à Rennes, sur la demande de sa mère j'étais allé à Westminster alerter les parlementaires Gallois. Un journaliste du "Ddraig Goch" vint ostensiblement s'asseoir au banc des journalistes, l'interrogatoire faisait redouter le pire, mais le bruit fut colporté jusqu'au Président qu'il y avait dans la salle un émissaire du gouvernement britannique, l'audience fut interrompue et le procès reporté pour demander à Paris de nouvelles instructions. Quand il repris l'ambiance avait changé et le réquisitoire du Ministère Public fut un véritable appel à l'acquittement, le journaliste Gallois m'avait d'ailleurs fait savoir qu'il était inutile cette fois qu'il se dérangea et Roparz HEMON sortit libre du Palais de Justice".

Pourquoi ne pas avoir fait mention de la fuite de Ropars HEMON début août 1944 dans le même convoi que les nazis pour l'Allemagne ?

Remarque sur un reportage de FR3 :

Cette chaîne semble mettre en doute l'authenticité des documents découverts.
Je vous renvoie à l'entretien que nous avons eu avec la Directrice des Archives Départementales de Saint-Brieuc qui après avoir étudié le contenu la Directrice des Archives Départementales nous a garanti qu'en aucun cas on ne pouvait mettre en doute leur authenticité.


Bretagne Ile-de-France
mai 2000 - n°15